Le souci de cette correspondance «
Bordeaux - Madrid » «
Madrid - Dakar » via la compagnie
Ibéria, c'est l'attente. Le mec qu'est indisposé des pouces, je le plains car mis à part s'les faire tournoyer, il n'y a pas foule d'activités. Bien sûr, ces dames peuvent toujours refaire leur garde robe à Mango. Pour les hommes, mis à part d'aller noyer leur ennui dans les bouteilles d'alcool en duty free, je ne vois rien de mieux à faire.
Ah si ! Faire le con avec le père de Marion devant la prestigieuse enseigne de « Mont Blanc ».
Chassez votre pitié, si le bonhomme repose ses fesses dans un fauteuil roulant, c'est uniquement pour en faire profiter une petite fille handicapée du village de
Dionewar. Mais chut ! les douaniers ne sont pas au courant,
évidemment ! :)
Fin d'après-midi. Le temps est à l'image de mon humeur, maussade. Ces heures d'inactivité m'ont entamé le moral. Allez, je me ressaisis, je pars en vacances. Tiens, c'est fou ça, je retrouve le sourire. Les réacteurs s'remettent en branle, les roues aussi. Ma douce est cramponnée à son siège, le visage crispé. Pas trop son délire les accélérations à
600 kilomètres heure. Le fuselage troue les nuages, plein sud ! Direction,
Dakar.
Les portes de l'avion s'ouvrent. Le personnel naviguant accompagne notre sortie de palabres espagnoles à grands renforts de sourires
Colgate. Je franchis le seuil et suis instantanément transformé en nuage de chaleur ambulant. Comprenez par là que l'humidité extérieure s'empresse de faire corps avec la sueur accumulée sous mes bras (
et en d'autres régions fort peu avenantes) depuis notre départ. Autant dire, que je ne suis pas tip top la fraîcheur, voire aussi frais qu'un gardon conservé à
40° Celsius pendant une demie journée.
Nous profitons de la situation d'éclopé de
Jean-Jacques aux yeux de la douane pour esquiver la file d'attente aux contrôles des passeports. Maigre consolation pour les véritables infirmes, cela va de soi.
Sur le tapis roulant se mettent (
très rapidement, notons le tout de même) à défiler des valises, en vrac pour la plupart. Je commence à appréhender qu'une de nos valises n'ait explosée. Une première valise arrive, nickel. Une deuxième, moins nickel. La partie basse, précisément où se trouvait l'une des roulettes, est arrachée... J'ai chaud et la présente situasse n'arrange rien. Merde !
Deux postes de contrôle aux rayons X se présentent à nous.
- « A droite, à droite » invective Jean-Jacques.
Nous obéissons et prenons le tapis de droite. Le mecton ne regarde même pas le contenu de nos valises sur l'écran. Il nous regarde nous. Un mec qui passe en même temps que nous sur le tapis de gauche n'a pas la même chance. Il est intercepté et forcé d'ouvrir ses valises pour un contrôle approfondi. Je n'ai pas le temps d'en voir plus car je suis déjà hors de l'aéroport «
Léopold Senghor », poussant avec grand mal mon charriot. Décidément, je suis maudit ce soir. Celui-ci est aussi perclus de rhumatismes qu'un octogénaire bossant dans un cirque.
Jean-Jacques, en avant, se met à la recherche d'
Ali, notre contact sur place. Il disparait dans la foule. Avec mon charriot moisi, je tente de le suivre. Les valises manquent de se carapater au sol à chaque pas effectué. Nom de Dieu !
- « Il est où Ali ? » demandons nous en ch½ur.
Jean-Jacques réapparait, il l'a débusqué au milieu d'une horde de gens. On s'agglutine, on attend le chauffeur et son minibus. Des zonards de l'aéroport nous accostent, c'est monnaie courante ici parait-il. Ils vous filent un coup de paluche pour transporter vos valoches en contrepartie d'une participation financière. Ou sinon, ils font la manche. C'est assez dur à vivre. Non pas que je sois un cul pincé de première, autant le dire d'avance et je pense que vous l'aviez sans doute senti dans ma prose, ce n'est pas le genre de la maison, tout au contraire ! Quand je parle de dureté, je parle des sentiments confus qui se mettent à m'assaillir. Ca vous tiraille dans la boyasse de voir ces mecs démunis qui vous agressent à demi, qui argumentent sur leur misère. C'est insoutenable. Je me ferme complètement.
Geneviève explique tant mal que bien que nous faisons parti d'une association et que nous venons pour les aider. Le souci, c'est qu'ils n'en bénéficieront évidemment jamais de cette aide, puisque nous concentrons nos efforts sur les villages situés dans le
Delta du Saloum.
Un des mecs me demande ma casquette. Je refuse. Un autre me tire sur la manche pour me parler.
Je l'envoie gentiment bouler sans l'écouter. Il insiste :
- « Pourquoi tu m'écoutes pas ? »
Je fais l'effort et l'écoute. Il explique qu'ils sont là pour aider, que c'est leur job en gros. Je réponds que je suis le convoi et n'ait pas d'argent. Ce qui en plus d'être lâche s'avère être la pure vérité.