Bienvenue

Jeune français de 21 ans, comédien et scribouillard à ses heures, je vous propose le récit d'un voyage effectué récemment au Sénégal.

Bonne lecture à vous,

Tony Servera a.k.a San-Antonio03

www.san-antonio03.skyblog.com
Bienvenue
# Posté le jeudi 01 novembre 2007 02:18
Modifié le jeudi 01 novembre 2007 11:37

Décollage

Décollage
13 octobre

Aéroport de Mérignac. Aux alentours de 14 heures. L'avion dans lequel j'ai échoué ma viande se positionne sur la piste. Gros silence dans l'appareil, qui ne dure pas, pour cause les deux réacteurs envoient la gomme dans un vacarme assourdissant. Mon c½ur tente de trouver un coin où s'accrocher dans le creux de ma cage thoracique. Ciel, ça va vite ! J'ai les yeux braqués sur la piste qui défile à toute vibure, décollera, décollera pas ? Youhou ! Notre bestiole d'acier s'élève à bonne allure dans les nuages, direction Madrid. J'en profite pour me tirer le portrait.


Putain, il serait temps que je perde du poids, moi.


Ouverture des volets. Choc. Inversion des réacteurs. Le pilote tire de toutes ses forces sur son frein à main géant. Zou, on est arrivés ! Même pas peur les mecs.

L'aéroport de Madrid est grand. Affamés, on casse une graine dans un resto hors de prix. Ceux qui nous accompagnent, à ma femme et moi, se régalent. Pour nous ça sera un sandwich et une botelinette d'ice tea pour deux. On mangera mieux ce soir, va !
# Posté le jeudi 01 novembre 2007 02:21
Modifié le jeudi 01 novembre 2007 04:14

L'attente

L'attente
Le souci de cette correspondance « Bordeaux - Madrid » « Madrid - Dakar » via la compagnie Ibéria, c'est l'attente. Le mec qu'est indisposé des pouces, je le plains car mis à part s'les faire tournoyer, il n'y a pas foule d'activités. Bien sûr, ces dames peuvent toujours refaire leur garde robe à Mango. Pour les hommes, mis à part d'aller noyer leur ennui dans les bouteilles d'alcool en duty free, je ne vois rien de mieux à faire.

Ah si ! Faire le con avec le père de Marion devant la prestigieuse enseigne de « Mont Blanc ».

Chassez votre pitié, si le bonhomme repose ses fesses dans un fauteuil roulant, c'est uniquement pour en faire profiter une petite fille handicapée du village de Dionewar. Mais chut ! les douaniers ne sont pas au courant, évidemment ! :)

Fin d'après-midi. Le temps est à l'image de mon humeur, maussade. Ces heures d'inactivité m'ont entamé le moral. Allez, je me ressaisis, je pars en vacances. Tiens, c'est fou ça, je retrouve le sourire. Les réacteurs s'remettent en branle, les roues aussi. Ma douce est cramponnée à son siège, le visage crispé. Pas trop son délire les accélérations à 600 kilomètres heure. Le fuselage troue les nuages, plein sud ! Direction, Dakar.






Les portes de l'avion s'ouvrent. Le personnel naviguant accompagne notre sortie de palabres espagnoles à grands renforts de sourires Colgate. Je franchis le seuil et suis instantanément transformé en nuage de chaleur ambulant. Comprenez par là que l'humidité extérieure s'empresse de faire corps avec la sueur accumulée sous mes bras (et en d'autres régions fort peu avenantes) depuis notre départ. Autant dire, que je ne suis pas tip top la fraîcheur, voire aussi frais qu'un gardon conservé à 40° Celsius pendant une demie journée.

Nous profitons de la situation d'éclopé de Jean-Jacques aux yeux de la douane pour esquiver la file d'attente aux contrôles des passeports. Maigre consolation pour les véritables infirmes, cela va de soi.

Sur le tapis roulant se mettent (très rapidement, notons le tout de même) à défiler des valises, en vrac pour la plupart. Je commence à appréhender qu'une de nos valises n'ait explosée. Une première valise arrive, nickel. Une deuxième, moins nickel. La partie basse, précisément où se trouvait l'une des roulettes, est arrachée... J'ai chaud et la présente situasse n'arrange rien. Merde !

Deux postes de contrôle aux rayons X se présentent à nous.

- « A droite, à droite » invective Jean-Jacques.

Nous obéissons et prenons le tapis de droite. Le mecton ne regarde même pas le contenu de nos valises sur l'écran. Il nous regarde nous. Un mec qui passe en même temps que nous sur le tapis de gauche n'a pas la même chance. Il est intercepté et forcé d'ouvrir ses valises pour un contrôle approfondi. Je n'ai pas le temps d'en voir plus car je suis déjà hors de l'aéroport « Léopold Senghor », poussant avec grand mal mon charriot. Décidément, je suis maudit ce soir. Celui-ci est aussi perclus de rhumatismes qu'un octogénaire bossant dans un cirque. Jean-Jacques, en avant, se met à la recherche d'Ali, notre contact sur place. Il disparait dans la foule. Avec mon charriot moisi, je tente de le suivre. Les valises manquent de se carapater au sol à chaque pas effectué. Nom de Dieu !

- « Il est où Ali ? » demandons nous en ch½ur.

Jean-Jacques réapparait, il l'a débusqué au milieu d'une horde de gens. On s'agglutine, on attend le chauffeur et son minibus. Des zonards de l'aéroport nous accostent, c'est monnaie courante ici parait-il. Ils vous filent un coup de paluche pour transporter vos valoches en contrepartie d'une participation financière. Ou sinon, ils font la manche. C'est assez dur à vivre. Non pas que je sois un cul pincé de première, autant le dire d'avance et je pense que vous l'aviez sans doute senti dans ma prose, ce n'est pas le genre de la maison, tout au contraire ! Quand je parle de dureté, je parle des sentiments confus qui se mettent à m'assaillir. Ca vous tiraille dans la boyasse de voir ces mecs démunis qui vous agressent à demi, qui argumentent sur leur misère. C'est insoutenable. Je me ferme complètement. Geneviève explique tant mal que bien que nous faisons parti d'une association et que nous venons pour les aider. Le souci, c'est qu'ils n'en bénéficieront évidemment jamais de cette aide, puisque nous concentrons nos efforts sur les villages situés dans le Delta du Saloum.

Un des mecs me demande ma casquette. Je refuse. Un autre me tire sur la manche pour me parler.

Je l'envoie gentiment bouler sans l'écouter. Il insiste :

- « Pourquoi tu m'écoutes pas ? »

Je fais l'effort et l'écoute. Il explique qu'ils sont là pour aider, que c'est leur job en gros. Je réponds que je suis le convoi et n'ait pas d'argent. Ce qui en plus d'être lâche s'avère être la pure vérité.
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# Posté le jeudi 01 novembre 2007 02:25
Modifié le jeudi 01 novembre 2007 04:18

Sur la route... de Dakar

Sur la route... de Dakar
Les valises s'amassent sur la galerie, on s'enfourne avec Marion à l'arrière. C'est sa troisième venue au Sénégal. Elle m'explique que c'est la partie la plus désagréable du séjour et que ce qui nous attend est à mille lieux de ce que nous venons de vivre. Faut dire que cumulé à ma valise en vrac, je renaude vilain. Elle m'embrasse. Je commence à ouvrir les yeux. Autour de moi, la ville de Dakar, plongée dans la nuit. Véritable fourmilière surexcitée dans laquelle s'affairent en tous sens des centaines de voitures, taxis et motos. La conduite du chauffeur est très sportive. Ça double à gauche, mais aussi à droite. Ça klaxonne, ça gueule. Mes sens sont en émoi. J'essaye d'en prendre le plus possible plein les mirettes.




Ca me rappelle l'Île Maurice finalement, à la différence près qu'au Sénégal, l'on conduit à droite. Je tente de prendre en photo la frénésie automobile à l'extérieur, sans succès. Raté !

Tiens, marrante cette photo du reflet de Marion dans la vitre, je garde !
# Posté le jeudi 01 novembre 2007 02:31
Modifié le jeudi 01 novembre 2007 04:14

Arrivée à Djifer

Arrivée à Djifer
Quelques kilomètres plus loin, nous faisons une halte dans un supermarché. Au programme l'achat des premières nécessités, à savoir de l'eau minérale. Jean-Jacques change des euros en francs CFA. De loin j'aperçois notre chauffeur, perché sur la galerie du minibus qui agence les valises du mieux qu'il peut. Il parait que la piste en terre qui nous attend est particulièrement défoncée. Sage précaution donc !

Les rumeurs concernant la piste ne mentaient pas, après avoir traversé le village d' « Mbour » (à prononcer Imbour) et de « Joal » (ville natale de Léopold Senghor, d'ailleurs) nous en entamons la traversée. Mes fesses entrent régulièrement en contact avec le siège de manière plus ou moins brutale. La piste est aussi défoncée qu'une junkie en plein trip, pour vous dire !

14 octobre

Il parait que j'ai dormi, ne me demandez pas par quel miracle, je ne saurai vous répondre. Je dirai simplement que crevé comme je le suis à ce stade du périple, il n'y a finalement rien d'étonnant à ce que j'en ai écrasé. Au moment où j'émerge nous sommes encore sur la piste. Le chauffeur négocie les crevasses, nids de poule et autres nids de vélociraptor avec précision. Au bout d'un bon quart d'heure, nous arrivons finalement à « Djifer ». Il n'y a pas grand-chose à voir, les seules lumières proviennent des phares de notre véhicule. Le chauffeur s'arrête, au bout d'un chemin ensablé. Il coupe le moteur. Nous sommes arrivés... enfin, presque !

Nous déchargeons les valoches une à une. Maintenant, il faut se les trimballer au bout d'un pont. Il semble aussi solide qu'un château de cartes en pleine tempête.

Je chope une première valise, mon sac à dos et m'aventure sur celui-ci, prêt à retenir ma respiration au moindre craquement en provenance des planches vermoulues qui semblent s'étaler à l'infini sous mes panards craintifs.

(Une phrase comme celle là, une fois sortie, il ne faut pas craindre l'insuffisance respiratoire !)
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# Posté le jeudi 01 novembre 2007 02:37
Modifié le jeudi 01 novembre 2007 04:14

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